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Merlu entre mer et marché
Innover pour résister a la mondialisation
Biologie : un chasseur qui aime les poissons
Le merlu fait partie de l'ordre des gadidés qui comprend aussi pour les plus connus le cabillaud, le merlan et l'églefin. Il se distingue par l'absence de barbillon
sous son menton. Son nom officiel est "merlu d'Europe" et son nom scientifique "Merluccius merluccius". En Bretagne-Sud, il est souvent appelé colin, terme
commercial flou, qui seme la confusion dans la mesure où il peut aussi qualifier le lieu noir. Le petit merlu est vendu sous le nom de merluchon.
Son corps allongé présente une robe grise qui se clarifie vers le ventre. Il se caractérise aussi par deux longues nageoires fixées au long de son dos et de son
ventre. Sa bouche très large porte des dents, petites, nombreuses et très pointues.
En Europe, il existe trois stocks de merlus différenciés. Le premier est présent depuis la Norvège jusqu'au fond du golfe de Gascogne, le second sur les côtes nord et
ouest de l'Espagne et dans les eaux portugaises, le troisième en Méditerranée, notamment dans le golfe du Lion.
Ce poisson vit jusqu'à 1 000 metres de fond en Atlantique et de 15 à 800 metres en Méditerranée. Il évolue près du fond dans la journée et s'en éloigne la nuit pour
chasser. Son régime alimentaire est constitué de poissons, avec un appétit plus marqué au printemps qu'en été ou à l'automne. Il pratique aussi le cannibalisme : les
gros dévorent les petits.
L'espèce pourrait vivre une quinzaine d'années, avec une taille qui culmine à 120 cm.

Merlu - Photo : Jacques Le Meur
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La reproduction : aux limites du plateau continental
Le frai (reproduction) est marqué par une inégalité entre les sexes. Les mâles deviennent fertiles à la taille de 40 cm (âge estimé de 2 ans) et les femelles entre 50
et 60 cm (âge estimé de 4 à 5 années). Celles-ci émettent de 110 à 350 000 oeufs. Les larves vivent quelques mois en pleine eau. Au stade juvénile, le merlu évolue sur
les fonds, puis rejoint des nourriceries, sur des fonds vaseux entre 75 et 120 metres de profondeur. C'est ainsi que dans le golfe de Gascogne, les juvéniles occupent
la Grande Vasiere, où ils cohabitent avec les langoustines. A l'âge de trois ans, le merlu se rapproche de la côte puis se disperse sur l'ensemble du plateau continental. C'est
aux accores (talus qui marquent la limite entre le plateau et les grands fonds) que mâles et femelles se rassemblent en hiver pour le frai. Et ainsi de suite.

Les zones du plateau où se trouvent les petits poissons sont appelées les nourricerieou même parfois les nurseries. Les daultes se reproduisent sur d'autres zones : les frayères - Schéma : IFREMER
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La pêche : un impératif, la sélectivité
Le merlu est pêché au chalut, au filet ou à la palangre. La palangre avec hameçon et appât, spécialité espagnole, est la technique la plus sélective car elle est
dirigée sur cette seule espèce, capturant en général des individus de grandes tailles et ne générant aucun rejet d'autres espèces. Le filet maillant est sélectif quant à la taille.
Le chalut est couramment pratiqué par les pêcheurs français. Dans le golfe de Gascogne, la cohabitation du merlu et de la langoustine pose un problème aux chalutiers.
La robe du premier peut etre abimée par les parties piquantes de la seconde. De plus, le maillage qui retient la langoustine capturait des merlus de toutes tailles, y
compris les plus petits. Cependant, suite à de nombreux essais effectués en mer à leur initiative, les pêcheurs de langoustines doivent désormais utiliser des chaluts
sélectifs (panneaux à mailles carrées), qui permettent aux trop petits poissons de s'échapper.
La taille réglementaire du merlu est de 27 cm. La moyenne des captures s'effectue sur des individus de 35 a 40 cm, les plus longs mesurant 80 cm.

Panneau a mailles carrées sur le dos d'un chalut - Dessin : Deschamps/IFREMER
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Droits de pêche : le régime des quotas
Le merlu d'Europe du Nord et de l'Atlantique est soumis au régime européen des quotas, à raison de 59 000 tonnes en 2009, 64 400 tonnes en 2010 et 65 800 en 2011.
Les principaux pays pêcheurs sont dans l'ordre l'Espagne, la France, la Grande-Bretagne, le Danemark, le Portugal et l'Irlande. Les droits de pêche étaient de 29 000
tonnes pour la France et de 21 000 tonnes pour l'Espagne en 2010, puis de 29 200 pour la France et 21 900 pour l'Espagne en 2011.
La production française réelle était de 16 160 tonnes en 2009. La différence entre son droit théorique et ses pêches réelles lui permet de réaliser des échanges avec
d'autres pays sur d'autres espèces lors des négociations européennes sur les quotas.
La gestion des quotas est nettement plus floue que ne le souhaiterait l'Union européenne. L'estimation de la production communautaire réelle est de 100 000 tonnes de
merlu pour les uns, de 80 a 180 000 tonnes pour les autres. La différence entre le total autorisé et ces chiffres résulte à la fois d'une mauvaise gestion et de
fraudes. Les pêcheurs français, qui sont contraints à une grande transparence, ne sont pas concernés par ce dernier soupçon. Pour les organisations professionnelles
françaises, les quotas sont en totale inadéquation avec la réalité. Elles ont aussi dénoncé la fraude de nombreux pêcheurs espagnols, dont l'effort de pêche réel est
très nettement supérieur à leurs droits théoriques.
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Marché : le poids de la mondialisation
Le prix moyen du merlu sous les criées françaises a subi une chute spectaculaire en une seule décennie. Il est passé de 5,03 euros (au kilo) en 2000 à 4,27
euros, en 2007, 3,31 euros en 2008 et 2,85 euros en 2009. A Lorient, premier port français de merlu avec 1 700 tonnes débarquées, il avait meme chuté a 2,03 euros en
2009.
En fin 2010, dans le même port, il se situait entre 2,40 et 2,80 euros pour le merlu des grands chalutiers, et à 2 euros de plus pour celui des pêcheurs côtiers.
Le recul avait commencé en 2007 et l'inflexion principale se situait en 2008. Les prix se sont depuis stabilisés sur ces valeurs basses qui restent souvent
supérieures aux prix moyens européens. De ce fait, le merlu français devient difficile à vendre, avec 1 100 tonnes d'invendus en 2008 et 1 500 tonnes en 2009.
L'explication se trouve dans l'internationalisation croissante du marché européen et la diminution du pouvoir d'achat des ménages espagnols. Traditionnellement,
l'Espagne était le principal débouché du merlu débarqué dans les ports bretons. Ce pays a récemment trouvé de nouveaux approvisionnements à meilleur marché dans
l'Atlantique-Sud et le Pacifique Sud sur des espèces à chair moins estimée, comme le Merluccius capensis d'Afrique du Sud, le Merluccius galli du Chili, les
Merluccius gayi ou hubsi d'Argentine.
La consommation européenne est estimée a 300 000 tonnes, dont 200 000 sont importées. Dans ces conditions, les pêcheurs français ont dû, en 2010, baisser leurs prix de
retrait, c'est a dire les prix minimaux sous les criées. Seule maniere de se maintenir sur les marchés.
Depuis deux ans, l'évolution du marché est complexe. Si les prix ont baissé sous la pression de l'importation, c'est aujourd'hui l'importance de la production
européenne qui les maintient relativement bas. Et, du coup, le merlu importé devient plus cher que le merlu européen.
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Texte de Jacques Le Meur pour le CCSTI - Maison de la Mer |